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Toyota Land Cruiser FJ 55 4x4 Collector

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Le Land Cruiser…1er Station Wagon

Les Toy incroyables, on en a croisé au gré de nos voyages dans les coins les plus reculés de la planète. Aujourd’hui, pas besoin de partir aux antipodes pour s’étonner d’un modèle rare. C’est dans le petit village du Tholy perdu au milieu des Vosges que nous sommes parti à la rencontre de l’un des plus exceptionnel représentant de cette espèce Nipponne ; Un FJ 55. Loin d’être un tas de rouille vieux de 40 ans, c’est un 4x4 restauré à 100% qui nous attendait au garage Mougel…25 ans de passion Toy pour un Land Cruiser SW en voie de disparition.

Passé Epinal et sa 4 voies de contournement, deuxième sortie direction Gerardmer, nous nous évadons dans la forêt Vosgienne. Un autre monde, celui de l’air frais qui sent le sapin, la viande fumée servie avec des pommes de terre cuitent à l’étouffé, la fameuse “Toufailles“. Bref, une région de moyenne montagne où il fait bon vivre, où la nature impose cependant des hivers rudes pour le plus grand bonheur des amateurs de ski de fond. Mais, lorsque l’on n’y est pas en vacances, le 4x4 y est toujours indispensable.

C’est bien ce qu’avait compris Romaric Mougel, lorsque, après un CAP de mécanique et quelques années comme mécano, il décide d’ouvrir, avec Elisabeth sa femme, son propre garage au Tholy en tant qu’agent Peugeot. C’était, il y a 30 ans.

À l’époque, il n’y avait pas encore trop de choix dans l’utilitaire passe partout léger dénommé “4 roues motrices“. Romaric avait pourtant sa petite idée sur la question. Grâce à un bon copain installé en Allemagne, Romaric importe de bonnes vielles DKW Munga de l’armée qu’il modifie selon sa recette. Les pauvres moteurs 3 cylindres, 2 temps ( !) de 1.000 cm3 de la “Jeep allemande“ sont remplacés par des kits moteur 4 cylindres Renault plus moderne offrant 47 Ch. Et le “Kit Mougel-Munga“ fait un tabac, ça marche ! Une véritable idée de génie à cette époque où le service des mines était moins tatillon. Une quarantaine de Munga-Renault plus tard, la famille Mougel s’offre enfin des vacances bien méritée…Dans le désert, bien sûr. Et, que penser-vous que Romaric y découvre ? Les Toyota, évidemment.

C’est le début d’une nouvelle passion pour la marque Nippone, et voilà que le garage Mougel devient rapidement le QG Toy (non officiel et spécialisé Série 4) de ce petit coin typique des Vosges où fut tourné en 1965, dans la clairière du Cellet, le célèbre film de Robert Enrico “Les grandes gueules“.

Si l’on se rappelle des personnages truculents aux dialogues signés Giovanni de ce Western Vosgien, on y découvre aussi l’âpreté de cette région de Haut-Fer et d’Eau forte, où, en toute logique, Toyota et ses modernes BJ diesel s’imposent peu à peu, remplaçant avantageusement le Command car (des surplus US) d’Hector Valentin (Bourvil), vorace en carburant. S’imposant comme la seule station-service du coin (Aujourd’hui Total), tenu par un bon mécanicien passionné… On y va plus par hasard… Le garage Mougel prospère ainsi jusqu’à nos jours. Pas besoin de l’adresse, arrivé au Tholy (88), tout le monde connaît. Aujourd’hui, à 58 ans (et 3 fois grand père), Romaric est à deux ans de la retraite et il s’est offert tout récemment (en 2005) le Toy de ses rêves. Un FJ !

Non pas qu’il délaisse sa Munga (resté d’origine), sa Porsche 930, la rarissime Triumph Stag (3.0 L V8) de sa jeunesse, sa Samba cabriolet et ses Toy (HJ 45, HJ 47, HJ 60) avec lesquels il a parcouru Maroc, Tunisie, Roumanie et Ukraine à maintes reprises. Mais, dénicher un FJ 55 lui tenait à cœur depuis des années. Pensez donc, pour un dingue de Toy, l’arrière-grand-père américain du Land Cruiser SW 200 d’aujourd’hui, 1e Station Wagon (SW) devenu une référence mondiale…Un vrai Collector.

De l’Amérique aux Vosges…

Oui, Il s’agit bien du 1er SW signé Toyota. Si depuis 1955 les globes trotters avaient pu croiser sur les pistes, selon les continents parcourus, des FJ 25, FJ 28v, FJ 35, FJ 43v (moteur essence “F“) et 45v des 2e et 3e générations de Toy typés deux portes/camionnette tôlé donc utilitaires, avec le FJ 55, dés 1966, Toyota propose en plus le confort de son nouveau concept “Station Wagon“. Conçu en priorité pour le marché américain, il est plus axé sur une utilisation familiale et ludique. Empattement de 2770 mm, 4 portes, 2 banquettes (6 places) moelleuses, hayon arrière à vitre électrique, gros 6 cylindres en ligne essence 4.2L, 3, puis 4 vitesses, seront ses arguments face à ses concurrents directs ; Les Wagoneer Jeep par exemple.

Chez nous, on ne verra de la bouille sympathique du 55 que de rares exemplaires immatriculés en Suisse ou en Belgique, le “mazout“ avait déjà pris le dessus. Il faudra attendre encore pratiquement 14 ans (1980) afin de profiter du confort des premiers 60, héritiers directs du 55, mais prénommés HJ, dont le “H“ signifiera à l’avenir “6 cylindres diesel“. Un “H“ qui deviendra le must dans la catégorie SW, puis “utilitaire“ de la marque.

Pour Romaric, le FJ 55 est le roi des Toy et depuis des années il était à la recherche de la pièce rare, autrement dit, pas une ruine sur 4 roues, mais pas non plus une pièce de musée payée à prix d’or en Suisse. Une fois encore, c’est de l’autre côté du Rhin qu’il trouve son bonheur. Un FJ 55 de 1977 affichant 192.000 Km, propriété d’un médecin Français ayant officié en Algérie. C’est celui-là qu’il cherchait. Celui équipé du fameux “2F“ 4.2L essence (3.9L“F“ jusqu’en 1975), de la boîte 4 vitesses (3 vitesses au volant précédemment), état lamentable, mais complet, et surtout non modifié. L’affaire est faite pour 3.000 € ( ça va en énerver certains !) et notre Vosgien s’attaque à deux ans de travail (soir et week end) selon les règles de la restauration.

Le châssis sablé, électro-zingué, puis fini à la peinture Epoxi, retrouve petit à petit les différents éléments qui font de lui un Toy.

Le moteur 6 cylindres 4230 cm3 entièrement démonté, après rectification de la culasse, se voit reconstruit avec soupapes, segmentation, pistons, joint, coussinets (4 paliers) neufs. Le carburateur double corps Aisin se refait une jeunesse avec une pochette de joints. Rendons ici hommage à Toyota qui a su faire perdurer bon nombre de pièces communes à de nombreux modèles de l’époque, ce qui facilite aujourd’hui la vie des passionnés de ces respectables ancêtres de la marque.

Comme c’était de coutume, la boîte de vitesses, de transfert, l’embrayage et les deux ponts équipés de freins à tambours ne nécessitent qu’une grosse révision et le changement des pièces d’usures, mais depuis 30 ans rien n’avait bougé là-dedans. Du costaud ces vieux Toy.

Le plus ingrat, le plus long et le plus délicat de ce travail de restauration sera certainement passé sur la carrosserie, qui nécessite par exemple le remplacement de pans entiers des bas de caisse. Et puis, il y a cet habitacle format wagon. Si la sellerie skaï est entièrement refaite chez un spécialiste local, Romaric se souviendra longtemps de ce week end passé à réaliser un ciel de toit (blanc) digne de ce nom. En revanche, il n’est pas peu fier de faire la démonstration de sa vitre électrique de hayon arrière qui fonctionne parfaitement.

A ce sujet, notons pour les puristes que cette variante hayon/vitre électrique situe ce FJ 55 comme un modèle destiné aux marchés US/ Australie, alors que les modèles Afrique étaient livrés avec une double porte. En revanche, ce 55 est équipé de paquets de lames renforcées d’origine Chassin et d’amortisseurs Koni doublé à l’arrière. Notre médecin, premier propriétaire du Toy l’avait fait modifier pour aller découvrir le Hoggar lors de son séjour en Algérie.

Il reste maintenant à parler couleur. Romaric conserve évidemment le style bicolore d’époque avec le blanc Toy (ref 033), mais passe du vert au bleu (ref 0857) pour la ceinture de caisse, question de goût. Un sacré coup de jeune pour ce FJ !

World Cruiser infatigable…

Un sacré coup de vieux pour nous ! Un bon de 30 ans dans le passé, dans l’histoire du 4x4 et celle des Toy… Qu’importe, aux commandes de ce Station Wagon, premier du nom, on retrouve nos sensations de jeunesse et l’on profite de l’instant avec plaisir. 80 Km/h au compteur à 2.000 Tr/mn en 4e , la vitesse de croisière. Du volant (fine section- grand diamètre), on rattrape, on essaie de se contenter d’une seule voie sur la route. Du mou dans la direction c’était du classique, du mou dans la banquette trois places avant, c’était nouveau et confortable, l’Amérique quoi !

Confort, tant mieux, car il faut avoir le temps. Car, côté performances, avouons-le, malgré ses 135 Ch (à 3.600 Tr/mn) et son carburateur double corps (deux premières chez Toy à l’époque), avec le 2F, si l’on peut prétendre aux 120 Km/h une fois lancé, on est loin des reprises façon Muscle car, mode, qui faisait rage de l’autre côté de l’Atlantique. Pas sportif pour un brin, notre FJ. Un imposant Toy de 4,67 m, 2 tonnes qui affronte la résistance de l’air tel un char d’assaut.

Mais au fait, c’est bien ce qu’on lui demandait, non ? Solide comme un Tank devait être le Toy . Il l’était, répondant à une demande venue de là-bas, de l’Outback Australien ou des Appalaches en Amérique du Nord. Il n’y a qu’à emprunter le premier chemin forestier Vosgien venu et s’aventurer sur les versants d’abattages pour se convaincre s’il en est encore besoin des possibilités du FJ. Les moyeux débrayables (ici des Warn) du pont avant sur “lock“, il suffit de passer de “H2“ à “H4“ pour entrer de pleins pneus dans ce royaume de l’Off road où le FJ fut roi.

Le 6 cylindres distille à 1800 Tr/mn ses 294 Nm. Le rapport de boîte de transfert assez court (4.111) sur route trouve ici sa raison d’être. Les lacets du petit chemin entre les sapins s’enchaînent en souplesse on se croirait au volant d’un diesel…Le silence en plus.

Le petit levier sur “4L“, le FJ 55 révèle alors son âme de véritable mulet, et ce ne sont pas ses lames de ressorts qui l’empêcheront de croiser sur l’obstacle, prouvant ainsi qu’un empattement long est parfois un atout avec cette configuration de suspensions. Allez, et si par hasard on allait tanquer le Tank ? Pas de panique, il nous reste le second petit levier, l’arme ultime. Ici, il ne s’agit pas encore d’un quelconque blocage de différentiel arrière, mais du fameux treuil mécanique d’origine (et d’époque). Annoncé pour seulement 1,5 T, ses 50 m de câbles déroulés permettront le moufflage, doublant la force disponible. Tirer la bobinette, mettez le moteur en route et le Toy s’en sortira…Foi de Vosgien.

D’ici deux ans (peut-être avant), Romaric Mougel prendra sa retraite. Mais vous vous doutez bien que celle-ci ne sera pas inactive. Entretenir ses voitures anciennes, participer plus assidûment aux activités du club VHC dont il est membre, restaurer quelques Toy pour les copains (et les siens) sont déjà à son programme. Mais, le rêve de Romaric est de participer au Raid Africa Gazoline organisé au Magreb par le magazine spécialisé “anciennes populaires“ qui regroupe déjà ceux qui ont compris qu’un vieux 4x4 est aussi un collector au même titre qu’une Berlinette Alpine. Avec son style rétro si en vogue aujourd’hui, le FJ 55 risque fort d’y être l’objet de toutes les attentions de passionnés de mécaniques solides, efficaces et inusables. Bon voyage Romaric…

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